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jeudi 16 mars 2017

Lycée Suger : le communiqué des personnels

Nous sommes scandalisés des réactions de la ministre de l’Education Nationale face aux événements des 6 et 7 mars 2017 qui ont affecté le lycée Suger, à la suite desquels 55 jeunes ont été interpellés aux alentours directs de l’établissement. Avoir déclaré avant même la fin des gardes à vue, avant même l’organisation d’auditions devant les juges, que la justice devra être ferme, c’est nier la présomption d’innocence de ces jeunes, c’est les avoir condamné moralement devant les caméras et pousser la justice à les condamner tout court. Alors même que Mme Vallaud Belkacem n’avait, tout comme quiconque, aucun résultat d’une quelconque enquête à cette date.

Rappelons d’abord les faits : le lundi 6 mars, des poubelles sont incendiées à l’entrée de l’établissement à partir de la récréation de 9h50, des pierres sont jetées sur les vitres de salles de cours et sur la salle des professeurs. Le personnel est très inquiet car des incidents graves peuvent se reproduire dans ce contexte (« blocus » d’autres établissements suite au viol de Théo). La proviseure ne ferme l’établissement ni le jour-même ni le lendemain.
C’est justement le lendemain que plusieurs départ de feu ont lieu vers 10h. A cause notamment de la désactivation de l’alarme-incendie (décision prise, selon une première déclaration de la proviseure, « pour ne pas effrayer les élèves »), il paraît très vite que les adultes, EMS, surveillants et professeurs, sont débordés par une situation car la tension monte durant l’évacuation désordonnée vers la grande cour à l’intérieur de l’établissement. Rapidement dans la cour, ce sont plusieurs centaines d’élèves, accompagnés par quelques petites dizaines d’adultes qui sont regroupés. Des mouvements de foule, mélange à nouveau de panique et de surexcitation, deviennent vite de plus en plus préoccupants. L’évacuation des élèves par l’entrée principale du lycée est alors décidée. Ce sont des groupes d’une cinquantaine qui sont évacués successivement sur le parvis, au moment même où celui-ci devient une nasse, dès que l’intervention policière (que l’on sait extrêmement violente et arbitraire par les témoignages des élèves).
Alors, si personne ne nie ni la gravité du caillassage et de ces incendies, ni la tension à partir de 10h le mardi, cela ne doit pas empêcher de se poser des questions sur les dysfonctionnements de l’établissement. Il est d’ailleurs significatif que les parents le jeudi 9 mars à 9h n’aient pas été accueillis spontanément par la direction du lycée Suger, qu’il a fallu attendre une bonne heure pour que soient invités à une réunion des parents, des enseignants et des élèves, tous demandant des comptes à la proviseure et à un responsable de l’inspection académique. Réunion durant laquelle le seul « apport » du Ministère de l’Education Nationale est la création d’une Cellule Psychologique ! Le fait que le ministère n’ait pas immédiatement annoncé le déblocage de moyens humains pérennes, d’infirmières, d’assistantes sociales, de surveillants, de documentalistes, de CPE, et d’enseignants, montre son mépris des conditions de vie et d’enseignement des jeunes de cet établissement.
Et cela dure depuis trop longtemps : qui peut croire que le ministère n’était pas au courant des innombrables manques dans ce lycée ? Nous nous bornerons à rappeler le fait le plus grave et le plus récent, à savoir l’agression d’un surveillant laissé seul à l’entrée il y a six mois, dès le jour de la rentrée. Le personnel en grève a alors revendiqué l’embauche de 6 Assistants d’Education (AED). Le ministère n’a consenti qu’à l’embauche d’un poste et demi.
Ce manque d’adultes dans les établissements dépasse largement le cas du lycée Suger ou du département. C’est bien cette « fermeté » à ne débloquer aucun moyen supplémentaire qui a déjà entraîné le mouvement « Touche Pas à Ma ZEP » depuis la fin de l’année 2016 avec des grèves et manifestations pour revendiquer le maintien voire l’ajout de moyens pour les lycées situés notamment dans les quartiers populaires.
Les incidents du lycée Suger ne sont pas un cyclone balayant un ciel serein. Ils ont eu des précédents et ne sont que le reflet de la dégradation profonde et générale des conditions de vie que subissent particulièrement les habitants de ces quartiers. Il est scandaleux qu’en plus de difficultés liées à l’aggravation du chômage et de la pauvreté, de la discrimination révélée par le mépris et le racisme affichés par des policiers, les jeunes ne puissent pas bénéficier de conditions d’enseignement équivalentes, voire même meilleures, que celles de la jeunesse dorée des beaux quartiers.