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jeudi 7 janvier 2010

Débrayage au lycée Aubrac de Pantin contre l’arrivée de "l’équipe mobile de sécurité"

Surveiller plus pour éduquer moins

Cet après-midi, jeudi 7 janvier 2010, des enseignant-e-s du Lycée Lucie Aubrac de Pantin ont décidé de stopper les cours. En effet, ils ont appris qu’une équipe mobile de sécurité (EMS) du rectorat de Créteil s’installait dans ce lycée à compter du lundi 11 janvier 2010. Les enseignant-e-s considèrent que la mise en place d’un tel dispositif est une insulte quant au service public qu’ils se doivent de rendre aux élèves, va à l’encontre de l’essence même de leurs missions et risque d’altérer la confiance des élèves que les enseignant-e-s et personnels d’éducation s’efforcent chaque jour d’obtenir.

De plus, il est à noter que si les crédits concernant l’Education nationale fondent (80 000 suppressions de postes d’enseignants sur 5 ans, baisse des crédits pédagogiques, du fonds social lycéen…), de l’argent, on en trouve pour créer ce type de poste !

L’ère du surveiller plus pour éduquer moins est donc une réalité… _ Dommage pour nos jeunes auxquels des enseignant-e-s croient encore.

Pantin, le 7 janvier 2010
Des enseignant-e-s du Lycée Lucie Aubrac


La lettre ouverte ci-dessous a été présenté au CA du lycée Aubrac.
Lors du débat au CA qui s’est tenu en présence de l’IA responsable de ce dispositif et d’un vigile d’une EMS basée au collège Jean Zay à Aulnay, les élues lycéennes ont approuvé la lettre des enseignant-e-s et des surveillant-e-s et ont estimé que la présence d’une EMS ne pouvait qu’énerver les élèves.

Lettre ouverte sur les EMS
(présentée par les élu-e-s des personnels d’enseignement et d’éducation du lycée Aubrac)

Monsieur le Recteur,

Le rectorat de Créteil a décidé d’installer une Equipe mobile de sécurité (EMS) au lycée Lucie Aubrac. Elle tournera depuis ce port d’attache dans les établissements de notre secteur géographique. Leur fonction consiste à « prévenir les situations de tension et de violence, d’organiser les mesures de protection et de surveillance, ainsi que l’accompagnement des personnels éducatifs » (site Internet du ministère de l’Intérieur).

Nous tenons à faire part au rectorat de notre opposition à la création et à la mise en place de ce dispositif décidés il y a plusieurs mois et sur lequel nous n’avons jamais été collectivement consulté-e-s et concerté-e-s.
Si pour nos élèves l’école a du sens, c’est parce qu’elle est un lieu d’apprentissage dans lequel il est possible de se rendre quotidiennement en toute confiance sans avoir à subir contrôles et surveillance plus ou moins rapprochée qui sont le lot quotidien des quartiers populaires.

Les personnels assurent des missions d’instruction et d’éducation. Les missions de police et de sécurité relèvent d’une autre institution : la police.
C’est un tout autre métier.
88 adultes s’occupent du bon fonctionnement de notre lycée et de l’encadrement pédagogique des élèves.
S’il y a des postes à créer, ils doivent être affectés à cela et à rien d’autre.
Par exemple, si nous estimons que le nombre de surveillant-e-s n’est pas suffisant, alors employons davantage de surveillant-e-s.
Autre exemple, il manque actuellement des enseignant-e-s pour assurer le remplacement de collègues absent-e-s, mais aussi pour permettre aux élèves de Bac pro et technologique qui ont besoin d’un soutien en français langue étrangère d’en bénéficier…

Nous savons qu’il est déjà difficile de gagner la confiance des élèves et notamment de celles et ceux qui sont les plus en difficulté du fait du chômage, de la précarité, de la pauvreté et de tous les problèmes familiaux et sociaux que cela engendre.
Installer un tel dispositif serait de nature à remettre en cause cette confiance obtenue au prix de nombreux efforts.

Nous refusons de cautionner une politique sécuritaire décidée au plus haut niveau et qui se substitue progressivement aux politiques sociales et éducatives assurées par le service public.
Où sont les moyens humains en enseignant-e-s en nombre pour des classes à effectif réduit favorisant la réussite scolaire y compris pour les élèves les plus en difficulté. Alors que 10 000 postes d’enseignant-e-s sont supprimés sur 5 ans dans les lycées professionnels, il n’y a en revanche aucun problème pour en budgéter 500 pour la seule année 2009-2010 au titre des EMS. C’est inacceptable.

Par conséquent, nous tenons à vous faire connaître notre opposition à ce projet et estimons que les personnels composant les EMS n’ont rien à faire dans notre établissement. Nous vous demandons donc de revenir sur votre projet d’installer une EMS dans notre lycée.
Si vous décidez de ne pas tenir compte de notre avis, nous vous informons que nous arrêterons les cours le jour même de l’installation de l’EMS car nous ne pouvons assurer nos missions dans ces conditions.

Pantin, le 8 décembre 2009


Appel à une AG de fin novembre

Flics ou enseignant-e-s,
il faut choisir !

Comme nous vous l’avons dit à la dernière heure mensuelle d’information syndicale du jeudi 12 novembre, le rectorat a décidé d’installer dans notre établissement ainsi que dans d’autres collèges et lycées de l’académie de Créteil une Equipe mobile de sécurité (EMS).
La première EMS a été mise en place le 5 octobre dernier en présence de MM Chatel et Hortefeux, respectivement ministres de l’Education nationale et de l’Intérieur.
En tout 50 agents de sécurité doivent être recrutés dans notre académie et disposeront de locaux dans 5 établissements dont le lycée Lucie Aubrac.

De quoi s’agit-il ?
Officiellement, il est question d’une mesure s’inscrivant dans le cadre du partenariat entre le ministère de l’Intérieur et celui de l’Education nationale sur la sécurisation des établissements scolaires et le suivi de la délinquance. La mise en place d’EMS est du reste qualifiée comme « une des mesures clés » sur le site Internet du ministère de l’Intérieur.
Ce même « média » précise que « chaque équipe mobile de sécurité a pour mission principale de prévenir les situations de tension et de violence, d’organiser les mesures de protection et de surveillance, ainsi que l’accompagnement des personnels éducatifs ».
D’après le site de l’Académie de Créteil, ces EMS sont censées mener leurs activités aux abords et dans les établissements connaissant des troubles et sur demande des chefs d’établissements.

En fait, il s’agit bien d’imposer une conception purement policière et sécuritaire de l’éducation, ce qui est insupportable et inacceptable.
Ainsi le gouvernement se sert de difficultés rencontrées par les quartiers populaires, mais aussi par les établissements scolaires du fait d’une politique de baisse des salaires, de destruction des emplois, des services publics (suppression de 80 000 postes d’enseignant-e-s entre 2008 et 2012 dont 10 000 dans l’enseignement professionnel) et de la protection sociale, pour imposer une politique sécuritaire.
En revanche ce même gouvernement ne rencontre aucun problème budgétaire pour financer 500 postes dans les EMS à l’échelle nationale pour la seule année 2009-2010 ! !
Au Lycée Lucie Aubrac, il n’y a pas de problème pour financer de tels postes en revanche, nous venons d’apprendre que nous disposerons de 5 510 euros de moins pour notre dotation globale de fonctionnement. Cherchez l’erreur !!
Victor Hugo invitait ses contemporains à ouvrir les écoles et à fermer les prisons.
Pour nous cette proposition reste toujours d’actualité, même si les politiques sécuritaires actuelles entendent inverser cette priorité.

Au courant de ce projet dont elle n’est pas demandeuse, la direction de l’établissement n’a pas pour autant informé les représentant-e-s des personnels, des élèves et des parents d’élève. Elle aurait pourtant pu et dû le faire à l’occasion du premier conseil d’administration qui s’est tenu jeudi 5 novembre. Or il n’en a rien été (il est question d’aborder ce point au prochain CA suite à notre demande). Une délégation d’élu-e-s enseignant-e-s au CA l’a interpellé sur cette discrétion à l’occasion d’une entrevue qui s’est déroulée le vendredi 13 novembre et qui avait pour but d’obtenir des réponses sur plusieurs points soulevés par les élu-e-s enseignant-e-s lors du dernier CA et par les participant-e-s à l’heure d’info du 12 novembre.
La direction nous a alors répondu qu’elle était au courant... depuis le mois de septembre du fait qu’une EMS devait être installée dans notre lycée avant la fin de l’année sans savoir à quelle date cela se ferait et que le rectorat lui avait demandé de prévoir un local en conséquence.
Nous lui avons dit que les collègues que nous avons consulté-e-s sur ce dispositif n’y étaient pas favorables et que les élu-e-s au CA présenteraient une motion au CA du 8 décembre pour s’opposer à cette décision.

Ce vendredi 20 novembre, nous avons demandé à la direction, s’il était vrai qu’elle envisageait de se servir d’équiper les surveillant-e-s de talkie-walkie. Elle nous a répondu que cette mesure n’était pas retenue pour le lycée sauf en cas d’intrusion et de violence extérieure.
Nous lui avons demandé s’il y avait le projet d’installer des portiques de sécurité (mesure qui a été évoquée au moment de la création des EMS à l’échelle nationale) dans l’établissement et elle nous a répondu que cela ne devait pas se faire.
En revanche, elle nous a informé-e-s que l’installation d’une EMS dans un des locaux du lycée était imminente et qu’elle ne connaissait pas la date de cette installation. Il s’agit donc bien pour le rectorat d’une politique du fait accompli d’un mépris total pour les personnels.

Nous tenons à dénoncer une mesure qui vise :
- à jeter la suspicion sur nos élèves et à les traiter comme des délinquant-e-s potentiels ;
- à faire régner un climat de peur et de défiance dans l’établissement.
Pour nous il n’est pas possible de faire cours dans de telles conditions.

Il n’est déjà pas si évident d’enseigner à des élèves qui rencontrent souvent de grandes difficultés sur le plan personnel et scolaire. Instaurer une telle mesure est de nature à rompre toute confiance entre les élèves et les personnels qui travaillent dans cet établissement. C’est intolérable. On voudrait détruire l’éducation nationale qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
Mais peut-être est-ce le but après tout.

Par ailleurs, notre établissement n’est pas réputé pour des problèmes récurrents de violence ces dernières années. C’est un lycée tranquille où les élèves viennent avant tout étudier et où les personnels s’efforcent d’œuvrer à leur réussite scolaire. L’intrusion violente du début de l’année dernière était un événement isolé, exceptionnel et qui n’a pas eu de suite. Crier au loup et prévoir un dispositif nuisible, coûteux et indésirable n’a donc aucun sens.
Nous demandons par conséquent la suppression des EMS et qu’aucun portique de sécurité ne soit installé dans notre établissement.

Nous invitons les personnels à se réunir
ce lundi 23 novembre
à la récréation de l0h en salle des profs

pour décider des moyens d’action à mettre en œuvre afin de faire échec à cette provocation.

Des élu-e-s au CA du lycée Aubrac de Pantin

Sur ce sujet, lire également l’article d’INFOSDEN 2

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