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janvier 2006

Non aux permanences police/justice à l’école

Article de Sden’ergie

Après l’agression d’une professeure d’Arts Appliqués dans un lycée professionnel d’Etampes, le ministre de l’Education Nationale, Gilles de Robien, a annoncé « l’instauration de permanences (de la police et de la justice) au sein même des établissements ».

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Le ministre veut se faire le « porte-parole du ras-de-bol » des professeurs, rien que ça ! Effectivement, pour prendre l’exemple concret de ce lycée professionnel à Etampes, les personnels en ont « ras-le-bol ». Et ils avaient des demandes : un chef des travaux adjoint, une infirmière à temps plein....bref plus d’adultes pour pouvoir proposer aux élèves un enseignement de qualité. Mais le ministre a une autre vision des choses : « Je crois qu’il ne faut pas tergiverser, on a trop longtemps tergiversé sur, par exemple, la présence de la police aux abords des établissements scolaires, à l’intérieur des établissement ». D’où la proposition du ministre : « une permanence, une fois, deux fois, trois fois par semaine le cas échéant, de la justice ou de la police » pour permettre « aux profs, aux personnels, de pouvoir se confier ».
Bref une nouvelle réponse répressive. Bien entendu, le ministre cite Nicolas Sarkozy, jamais bien loin lorsqu’il s’agit de répression. Les élèves sans-papiers se sentiront-ils plus en sécurité dans leur école ?
Il s’agit là d’un problème grave qui demande des réponses adéquates, et il nous semble que la réponse du tout répressif n’est pas adéquate. Là où les personnels (tous les personnels, monsieur le ministre, pas seulement les « profs ») réclament plus de moyens éducatifs, plus d’adultes pour mener à bien la mission éducative, le gouvernement répond par la violence. Car c’est bien ainsi que sera perçue, par les membres de la communauté éducative, et en premier lieu par les élèves, l’arrivée de permanences de la police dans les établissements scolaires. Il n’est plus à démontrer que les provocations et humiliations quotidiennes de la police sont un problème réel : n’est-ce pas là une nouvelle provocation ? Nous ne pensons pas que la réponse se trouve dans une escalade de la violence. Il s’agit simplement d’un nouvel effet d’annonce servant la démagogie et le populisme de certains personnages.

Car le ministre de l’intérieur a bien entendu approuvé Gilles de Robien. Nicolas Sarkozy parlant d’un « déchaînement de violence » : en janvier 2004, évoquant des enfants « qui pleurent le matin tellement ils ont peur d’aller en classe », d’enseignants qui « partent travailler la peur au ventre », il avait annoncé l’affectation d’un « policier-référent » dans un établissement de Villeneuve-La-Garenne. Il avait fait marche arrière face aux mobilisations.
Cela pour dire que c’est une vieille idée que l’on nous ressort de temps en temps, jusqu’à ce qu’elle passe. Nicolas Sarkozy en profite pour faire campagne, une nouvelle campagne axée sur la peur.

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Loin de nous l’idée de minimiser, de dire que tout va bien, qu’il n’y a pas de violence. Il nous faut néanmoins garder la tête froide et prendre du recul : ce « sentiment d’insécurité » est général, il n’est pas spécifique à l’Ecole. Simplement, médiatiquement, il est intéressant de montrer pour le gouvernement qu’il est aussi à l’Ecole. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre ce qui se joue là : une nouvelle campagne présidentielle qui risque de finir aussi mal que la précédente.
Concernant l’Ecole, chacun d’entre nous sait pourtant que ce n’est pas en retirant des enseignants, des surveillants.....que l’on réglera le problème. Il y a un réel manque d’encadrement dans les Ecoles auquel le ministre répond par une phrase que l’on pourrait résumer à « la police à l’Ecole et 30 % de place en moins aux concours ». C’est un véritable choix de société qui se joue ici. Une société dans laquelle la réponse est systématiquement policière.
Un autre fait inquiétant, à notre avis, est que de plus de plus de membres du milieu enseignant, traditionnellement à « gauche » et méfiant vis-à-vis de la police, sont réceptifs à ce type de discours. C’est inquiétant car même les acteurs de l’Education se rangent derrière la répression.
La circulaire concernant ces permanences devraient sortir au printemps. Le ministre précisant qu’il s’agira d’« actualiser » une circulaire de 1998 sur les coopérations école/police permettant aux établissements de faire appel à un correspondant police en cas de violence. Il s’agira donc de « correspondants police/gendarme » se mettant « à la disposition des chefs d’établissements, des enseignants et des élèves qui le souhaiteraient, à l’intérieur des établissements ». Le ministre parle même « d’antennes de police » (avec le logo « Police-Nationale » à l’entrée de l’Ecole ?). Les syndicats de police se sont eux-mêmes déclarés sceptiques envers l’idée d’ouvrir des « antennes de police » dans les Ecoles.
Par contre la possibilité de permanences assurées par des magistrats a été abandonnée pour des raisons d’effectifs.
Si le ministre de l’Education Nationale avait demandé l’avis des premiers concernés (qui se sont d’ailleurs exprimés !), d’autres solutions auraient émergées. Mais elles vont à contre courant de la politique gouvernementale.
Il est, c’est vrai, plus facile de se livrer à des démonstrations de forces que de construire une véritable politique éducative de la prévention de la violence.


Matthieu

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